Le drapeau de Biloxi est discret : bleu nuit, le phare de la ville en blanc, son nom en grandes lettres et, dessous, la mention "established 1699". Rien d'exubérant. Pourtant, Biloxi porte en elle l'une des histoires les plus dramatiques du Golfe du Mexique.
Biloxi est l'une des plus vieilles villes américaines. Fort Maurepas, fondé en 1699 par Pierre Le Moyne d'Iberville, est la première capitale permanente de la Louisiane française, bien avant La Nouvelle-Orléans. Pendant des décennies, cette côte est le cœur de la présence française en Amérique du Nord, un comptoir maritime qui relie les Caraïbes, le Canada et la métropole. Le nom même "Biloxi" vient du peuple Biloxi, tribu de langue rare.
Des familles de La Nouvelle-Orléans viennent passer l'été sur ses plages blanches. L'industrie de la crevette et de l'huître emploie des milliers d'immigrants, Vietnamiens, Croates, Siciliens, qui font du Golfe un creuset marin unique.
Le 29 août 2005, l'ouragan Katrina frappe Biloxi avec une violence inouïe. La tempête génère une vague de 8 à 10 mètres qui efface le front de mer. 53 personnes meurent en ville. Des quartiers entiers disparaissent. Les casinos qui avaient revitalisé l'économie locale dans les années 1990 sont naufragés ou dévastés. La reconstruction a pris une décennie. Le phare, lui, a tenu. Dressé sur le front de mer depuis 1848, il a encaissé la vague de plein fouet, et il a fallu plus de 400 000 dollars pour le rallumer en 2010. L'ancien drapeau a servi jusqu'en 2016. Le nouveau est apparu en 2017, et c'est cette silhouette-là qu'il porte : l'emblème d'un endroit qui recommence, encore une fois.
