Un champ bleu clair, un sceau doré au centre, une devise latine sur un ruban : *Sicut patribus, sit Deus nobis*, « Comme Dieu fut avec nos pères, qu’il soit avec nous. » Le drapeau de Boston regarde vers 1630, vers les Puritains de John Winthrop venus bâtir leur « ville sur la colline ». Mais il ne montre rien de la ville qui a inventé l’art américain du symbole.
Car Boston est le berceau de l’iconographie révolutionnaire. C’est ici qu’on plante le Liberty Tree en 1765, qu’on jette le thé à la mer en 1773, que Paul Revere grave le massacre de 1770 pour enflammer les colonies. La ville a su faire d’une gravure une arme, d’un arbre un emblème, d’une nuit de décembre un mythe national.
La cité qui a appris à l’Amérique à brandir des symboles s’est dotée du plus muet d’entre eux.
Le drapeau flotte, solennel et figé, au-dessus d’une ville qui fit la révolution avec des images, et confia la sienne à un sceau que personne ne regarde.