Topeka n’a pas la notoriété de Kansas City, et son drapeau ne parle que du Kansas : un grand tournesol doré, la fleur emblème de l’État, à cheval sur une bande blanche et un champ bleu nuit, avec une étoile blanche à l’écart. De la ville elle-même, rien. On croirait une capitale administrative sans histoire. C’est tout l’inverse.
Dès 1855, dans la violence du « Bleeding Kansas », Topeka devient le bastion des colons anti-esclavagistes : ils y rédigent la Topeka Constitution, un texte qui veut faire du Kansas un État libre, en défi au pouvoir pro-esclavagiste. La ville naît dans un combat.
En 1951, un père de famille, Oliver Brown, attaque la commission scolaire de Topeka parce que sa fille doit traverser la ville pour rejoindre une école réservée aux enfants noirs. L’affaire monte jusqu’à la Cour suprême : en 1954, Brown v. Board of Education déclare la ségrégation scolaire inconstitutionnelle. La décision qui a changé l’Amérique porte le nom de Topeka.
Le drapeau ne montre rien de cela. Il flotte, éclatant et muet, dans le vent du Midwest, au-dessus d’une ville deux fois en avance sur son pays, et qui n’en a jamais fait étalage.